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Chronique d'Expat' #1: Le ménage

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Mon appartement *en cours de rangement* ressemble à un champ de bataille après le passage d'un ouragan, d'un troupeau de mammouth, d'une armée d'Uruk-Hai et des trois dragons de Danaerys Targaryen.

Le matelas, la couette et les oreillers de mon lit, dénudés de leurs draps et housses, me narguent en silence.

La salle de bain, ou plutôt chambre-à-gaz-improvisée-pour-cause-de-ventilateur-cassé, pue les produits désinfectants supposés bio et écolos mais qui m'ont provoqué une toux affreuse, à moi, reine des bougies aromatiques, parfums, et encens en tout genre.

Pire, tout à l'heure, après une visite chez ma tante pour prolonger le moment redouté, j'ai dû faire descendre de la voiture tous mes achats de la journée.

Capsules Nespresso, papier toilette, papier essuie-tout, cinquante kilos de litière pour Titicoeur, pâtée préférée de Titicoeur en quantité industrielle, bidon de lessive pseudo-bio-nature à la lavande, savon pour les mains à la lavande, mousse à raser à la lavande, teinture à cheveux (sans lavande), liquide pour lentilles de contact, sacs poubelle.

L'époque où je dépensais librement tout mon argent de poche (gagné en faisant du baby-sitting pour les enfants des voisins d'à côté qui étaient encore tout petits) en vêtements, maquillage, chaussures, et bonbons, me manque.

C'est nul, d'être adulte, et de devoir travailler pour payer des trucs inutile. Un loyer, une facture d'électricité, un prêt auto, une assurance, ou pire que tout, une vidange, ne nous procurent pas cette sensation d'euphorie qu'on éprouve lorsqu'on s'offre une paire de chaussures.

Et encore, je n'ai pas de gosses pour le moment, même si le temps où je me ruinerai sans me plaindre en couches, vêtements qui rapetissent à vue d'oeil, poussettes, sièges-auto, tire-laits et autres gadgets, n'est peut-être pas si loin.

(Non, je ne suis pas enceinte, calmez-vous, les parents/oncles/cousins/grand-maman.)

(Cela dit, je me suis offert une robe (soldée), et noooooon, rrrrriieeeen de rrrrrrrriiiieeeen, noooon, je ne regrrrretteuuu rrrriiiiiiiieeeeen...)

BREEEEEFFFFFF. La perversité de notre société de consommation sera le sujet d'un autre jour. Il n'en reste que, tout à l'heure, j'ai dû faire entrer mon butin, et pour cela, garder la porte ouverte pour plus de trente secondes.

J'habite à la lisière d'une forêt. Ma petite terrasse regorge de lépidoptères, coléoptères, et autres cicadidés qu'on appellera dorénavant, pour simplifier l'affaire, des bébêtes. Ces bébêtes sont toutes attirées par la lumière comme je le suis par une paire de talons de plus de dix centimètres, et profitent donc que la porte soit ouverte pour se précipiter à l'intérieur. Ignorant la gigantesque boule de fourrure noire qui les guette à travers la porte vitrée, tous les soirs, dès la tombée de la nuit, ses grands yeux jaunes dilatés à l'extrême, poussant malgré sa frustration son caractéristique et terrifiant cri de guerre, un son à mi-chemin entre le grognement et le miaulement avec les dents qui claquent.

Ces inconscientes, infortunées bébêtes n'apprendront jamais. Lorsque l'une a le malheur de se faufiler dans l'appartement, Titicoeur, profitant de l'occasion rêvée pour me montrer ses prouesses de championne du monde de chasse ET de saut en hauteur ET de course d'obstacles, fait un bond de trois mètres au minimum, le poil hérissé et les griffes dehors, bousculant tout ce qui se trouve sur son chemin pour attraper le malheureux insecte et le dévorer sur le champ.

Encore heureux qu'elle n'ait jamais eu la lubie de déposer son gibier sur mon oreiller ou en plein dans ma figure comme le font, me dit-on, la grande majorité des chats.

C'est mon bébé et je l'aime, mais il y a quand même des limites.

(je prends un moment pour exprimer ma reconnaissance et ma gratitude envers les souris qui ont choisi, pour une mystérieuse raison, de boycotter mon appartement au rez-de-chaussée, et donc de m'épargner la vue d'une de leurs congénères éventrée par Titicoeur et déposée en butin de guerre sur mon oreiller.)

Bref, entre une Titicoeur hystérique qui s'efforce d'attraper un papillon de nuit trop malin, une lessive qui s'éternise et trois autres qui attendent, et de la vaisselle à n'en plus finir qui doit être lavée à la main, je ne vais pas finir (ni dormir) de si tôt.

J'avais eu, entre l'âge de trois et quatre ans, ma phase Cendrillon (merci, Disney !), durant laquelle j'endossais tablier et gants trop grands, je trainais un énorme balai partout dans la maison, façon Cosette mais avec l'attitude ultra-optimiste de Fraulein Maria, et j'insistais à tout prix à faire la vaisselle, mon activité préférée, perchée sur un tabouret devant l'évier avec des gants jaunes trop grands. Malade sous mon scalp, comme dirait l'une de mes tantes. Les deux me disaient que lorsque je serai grande, je détesterai le ménage, et moi, du haut de mes quatre-ans-et-demie, je les prenais pour des folles.

Hélas, elles avaient raison et j'avais tort (pour une fois ! :P).

Me voilà faisant face au dilemme le plus compliqué de l'histoire de l'humanité (je prendrais mille "to be or not to be" à l'instant même si le choix m'était donné).

Je veux un appart propre, mais je déteste ranger.

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